Tag Archive: scott walker


[Autre] En attendant Scotty…

Manifestement, notre bon vieux Walker est loin de tirer sa révérence. Il a fallu jusqu’ici 5 ans pour qu’il nous propose un nouvel opus inspiré sur une réalisation de… Jean Cocteau ! Oui, Walker n’est décidément pas à court d’idées. Ses chansons sont de plus en plus magiques, comme s’il s’élevait de plus en plus vers une sorte de quintessence artistique… Voici quelques planches, transcriptions musicales de Duo pour une voix (J. Cocteau). Là, on touche à du sérieux… Après avoir sorti l’étrange mais étonnant And Who Shall Go To The Ball ? And What Shall Go To The Ball ? , Engel nous montre ce qu’est l’ART. Le VRAI.

http://www.youtube.com/watch?v=jgVKy43Tboc

Bien sûr, ceci n’est qu’une planche. Mais d’ici à ce que l’on puisse voir le résultat final, cela ne devrait pas durer très longtemps. Quelques mois à tout casser. Avant que Walker nous présente le tout à R.O.H. (Londres).

Après nous avoir fait découvrir 100 ans de crimes humanitaires avec The Drift (2006), on va découvrir maintenant la suite des pastiches des oeuvres françaises d’un homme qui jadis démarra au sein d’un trio de crooners, puis deviendra un des avant-gardistes qui eurent marqué le 21ème siècle d’une trace qui sera reconnue pour longtemps.

À suivre de manière certaine 😀

[Album] Scott Walker – The Drift

Titre: The Drift
Date de sortie: 2006
Type: Album CD
Genre: Ambiant gothique, bruitiste, rock expérimental « mutant », avant-garde
Membres: Scott Walker, Hugh Burns, Ian Thomas, Mark Warman, Philip Sheppard, Alasdair Malloy, John Giblin, Steve Pearce, Peter Walsh, Andrew Cronshaw, James Stevenson, Brian Gascoigne, Thomas Bowes, Vanessa Contenay-Quinones, Beverly Foster, Pete Long, Rohan Onraet, Lucy Painter, Rebecca Painter, Ralph Warman, Derek Watkins
Pistes: 10
Tracklist:
1. Cossacks are (4:32)
2. Clara (12:43)
3. Jesse (6:28)
4. Jolson and Jones (7:45)
5. Cue (10:27)
6. Hand Me Ups (5:49)
7. Buzzers (6:39)
8. Psoriatic (5:51)
9. The Escape (5:18)
10. A Lover Loves (3:11)
Éditeur: 4AD Record Label

Dans la série noire de l’avant-garde, je voudrais The Drift. Scott Walker n’est, effectivement, définitivement plus le crooner que nous connaissions il y a bien longtemps (durant les 70’s). Misogynie? Isolation? Sans doute, car notre bon vieux Noel Scott Engel, connu pour son caractère ombrageux, est sans doute atteint de cyclothymie (Ce qui lui vaut son caractère reclu)…
Enfin! Encore une fois onze années après son dernier opus Tilt, Walker nous sort un album des plus ambigus que personne n’a jamais conceptionné sur notre basse planète; encore pire que ses dernières oeuvres… Justement: dans cet album, il est question de la planète bleue, ou plutôt de ses occupants… The Drift met en scène (disons-le honnêtement…) l’horreur de l’humanité durant le siècle dernier. Au programme, plusieurs menues sonorités mélangées à un thème musical des plus ambigus. Des atmosphères dantesques, et des voix infâmes à faire tourner en bourrique n’importe quel premier venu: un âne-humain, des cris bizarroïdes aigus, et Donald Duck (oui, notre cher canard, qui prend ici des tournures plutôt déplaisantes).
Ce concentré d’angoisse vous fera donc découvrir les traces les plus boueuses du genre humain. L’analyse de cet album semble des plus improbable : la complexité peut en effet rebuter, surtout lors des premières écoutes, l’auditeur. De plus, vos sens sont confondus durant toute la session, ce qui ne facilite pas non plus la tâche. Cependant, les pistes sont très parlantes. Je me souviens avoir fait écouter à une amie, et elle avait directement ressenti le sujet de The Drift (l’humanité en outre). Vous voyez, nul besoin d’images, vidéos (Même si la piste Jesse a son propre clip), tout est dit dans les pistes, et c’est vous qui reconstituez par l’imaginaire.

L’album commence par Cossacks Are. Il est effectivement question des cosaques, bataillons soviets chargés de missions plutôt propices à la mort… L’introduction est plutôt explicite. On a l’impression d’entrer dans une quatrième dimension, celle de l’inconnu, qui nous fait découvrir par des expérimentations les plus abominables (On ne reconnaîtrait plus rien dans cet album, car rien n’est à sa place!) des paysages dépravés. Les dernières traces de vie de notre planète. Puis vous êtes par la suite projetés de piste en piste, ou plutôt de scène en scène, devrais-je dire, pour admirer les scénarios les plus nihilistes que nul n’a jamais créé.
Néenmoins, c’est le reflet de la réalité… Consumérisme, individualisme, pollution, guerres et famine (Comme dans Jesse: « Famine is a tall, tall, tower… Left in the dark night… »), c’est la dérive de l’humanité que nous avons là… Il n’y a donc pas plus vrai. Puis nous avons comme dit plus haut, des atmosphères plus ou moins musicales avec des sons étranges que l’on côtoie, sans trop savoir ce que c’est… Même qu’on s’attend à entendre surgir des sons, alors qu’il n’en est rien… À l’inverse, d’autres sonorités surgissent alors que l’on ne s’y attendait pas. L’effet est renversant.

À noter que si vous décelez des tons parodiques dans The Drift, c’est tout-à-fait plausible. Le degré est porté à son paroxysme dans Clara, une sorte de soupe de mélodies corrompues qui fusent de toute part affichant un désespoir et un néant monstre. C’est une desctruction de ses propres oeuvres qu’il affiche ici, à l’intérieur de cet album. Jesse est quant à lui une sorte de psaume en l’honneur à Jesse Presley, oui! Le frère de Elvis Presley, qui est mort très jeune. La chanson est une parodie d’un tube d’Elvis Presley, qui dégrade le thème musical jusqu’à complète érosion de la musique initiale, pour n’obtenir que deux accords pour l’unique guitare électrique, plus deux pour la basse (le titre vous paraîtra clinquant si vous l’écoutez juste après Jesse). Une sorte de vide énoncé, qui vous fera ensuite découvrir des voix confuses venant d’on ne sait où… À la fin, nous avons même Donald Duck, affiché ici en une créature immonde repoussant les limites de l’infâmie en vous harponnant d’apostrophes incompréhensibles. A Lover Loves est la conclusion de l’album où Walker reprend sa combinaison mitée de crooner. Cet album, d’ailleurs, soit vous l’adorez, soit vous le haïssez jusqu’au plus haut point. Personnellement, je l’adore. Malgré son ton arriviste, il domine largement toutes les expérimentations, et même tous les musiciens actuels.
Dans un interview, j’ai pu déceler que certaines pistes chaotiques comme Cue sont constituées de trois choeurs de musiciens séparés puis assemblés. C’est ceci qui donne cette atmosphère infâme.

Voilà, Scott Walker a fait une pure merveille. Ni trop, ni pas assez. Il a justement dosé sans exagérer, ni lésiner! Ce qui donne un aspect vide mais si riche à l’album, concluant plutôt naïvement (volontairement) sur A Lover Loves, où Scott semble nous sussurrer, à la fin: « Escape! » (« Fuis! »). Nul besoin de reprendre l’album pour un film, car c’est un film à part entière; avec ses tragédies, ses coups de gueule, ses trains à vapeur soporifique et ses coins obscurs avec une fin plutôt défaitiste, mais lucide… Savourez ce festin abondant de sonorités bizarres, certes, mais avec modération, car:

Attention, ne pas écouter cet album trop souvent, il devient rapidement obsédant. De plus, il convient de ne pas l’écouter durant des périodes d’angoisse/dépression.
J’ajouterai qu’après écoute, ne vous étonnez pas que cet album puisse ternir votre journée.

Note personnelle: ★★★★★ (Hors du commun, simplement ahurissant…) [5/5]

[Album] Scott Walker – Tilt

Tilt

Titre: Tilt
Date de sortie: 1995
Type: Album CD
Genre: Expérimental, Bruitiste, Alternatif, Pop-Rock expérimental, Métal, Ambiant, Psychédélique
Membres: Scott Walker (chant), Ian Thomas (batterie), John Giblin (basse), Brian Gascoigne (claviers), David Rhodes (guitares), Roy Carter (haut bois), Hugh Burns (guitare), Alasdair Malloy (percussions), Louis Jardim (percussions), Andrew Cronshaw (trompette), Johnathan Snowden (piccolo), Andy Findon (flûte), Jim Gregory (flûte), Roy Jowitt (clarinette), Colin Pulbrook (orgue hammond)
Pistes: 9
Tracklist:
1. Farmer In The City
2. The Cockfighter
3. Bouncer See Bouncer …
4. Manhattan
5. Face On Breast
6. Bolivia ’95
7. Patriot (A Single)
8. Tilt
9. Rosary

Dans la catégorie hype (top avant-garde), j’ai nommé: Tilt. Album confectionné par, encore une fois, Scott Walker, le talentueux avant-gardiste qui cherche sans arrêt à exprimer son âme d’artiste, sondant toujours, toujours plus loin… 11 années de silence après l’effroyable Climate of Hunter (commercialement parlant), c’est-à-dire en 1995, Scott nous sort un album (toujours avec le même producteur Peter Walsh) qui rompt froidement son penchant « crooner simple d’esprit années 70 qui charme les jeunes filles », pour carrément tâter du côté des bruitistes/gothiques… Son style est largement classable dans celui alternatif ambiant bruitiste, jonché par des paroles cryptiques, dont seul Scott a le secret. La trame de l’album se révèle en effet complexe; prenons par exemple « Bouncer See Bouncer … » Des bruitages fusent dans des recoins, comme des insectes, et des oiseaux, avec des percussions industrielles du type Nine Inch Nails par-dessus fermement déterminées, sur un orgue dont le son est quasi-atmosphérique, le tout surmonté des bruits de chuintements sur lequel un bruit d’oiseau viendra se « coller ».
Farmer In The City, ouvrant Tilt, débute par des tintinnabulements de cloches sourds, pour que des violons profondément étouffants interviennent ensuite, jouant de manière statique dans les graves au-dessus de vrombissements, rejoints par la profonde et haute-perchée voix de notre ami Scott. Une sorte de funèbre discours récurent y résonne: « Who are you, twenty-one? Twenty-one? Twenty-one? I gave you twenty-one. Twenty-one. Twenty-one. » Des guitares harponnent le tout de temps en temps. Des accords frustrants sur les violons, plus aigus, surgissent. Scott nous conte l’histoire d’un voyage d’un fermier dans la cité (d’où le titre, « fermier dans la cité »). Comme si cela ne suffisait pas, des percussions viennent alors se superposer, avant que les accords des violons entament une émouvante ballade. Puis comme avant, vombrissements, violons, … Un quasi-mathématisme qui en surprendra plus d’un… Par la suite, encore la ballade, mais avec une clarinette. Puis Scott ferme la chanson avec le frustrant et affolant « Who are you twenty-one twenty-one… » etc.
The Cockfighter commence quant à lui, par une atmosphère caverneuse, des chants tribaux, et des cailloux dans un bocal. Quelques petites résonnances aigues et des cris, et à 1:23, Scott vous plonge lâchement dans une atmosphère subitement infernale. Une sorte de train s’annonce brusquement sur des picotements de guitare. Attention aux cardiaques 🙂 Scott chante par-dessus. Un rock psychédélique avec des tambours et des maracasses enchaîne. Quelques violons. Puis on replonge dans l’enfer d’avant, surmonté de trompettes! Une atmosphère d’usine relaye, avec une voix robotique saccadée de Scott Walker. Le rock psychédélique se réannonce, un orgue supplémentaire, avant que le tout conclue sur cette chère atmosphère infernale, encore un peu plus élaborée, stoppée par un gong. Fin.
Manhattan est quant à lui une sorte de psychédélique. Quelques percussions tribales, puis un orgue spectaculaire surmonté d’un rock classique et de cloches. Encore une atmosphère psychédélique digne d’une usine, avec des percussions industrielles. L’orgue, cette fois silencieux se présente avec des accords mineurs. On revient à l’orgue du début. Une Pop mélangée à une valse survient, puis transite vers encore une fois l’atmosphère d’usine avec l’orgue. Puis l’orgue du début revient, un peu atténué, les cloches étant très aigues et les guitares plus prononcées. La piste se termine avec l’orgue, derrière, atmosphérique. Quelques cloches par-dessus.
Tilt, une étrange danse hispanique avec des guitares et des basses nous plonge dans un msytère obscur. Des percussions par-dessus des mugissements intriguant viennent ensuite, s’approchant peu à peu. Une sorte de Pop avec la basse et la percussion enchaîne. Le tout s’interrompt sur: « […] Tilt, ain’t no no no […] » dans un écho. Les mugissements sous les percussions reprennent de plus belle, avant qu’un métal saturé intervienne. La Pop (décidément, Tilt alterne énorménent entre des phases peu à peu élaborées) reprend. L’interruption reprend: « […] Tilt, ain’t no no no […] ». Sauf que la voix de Scott est en effet très zoomée. Cela étonne d’ailleurs assez. Le métal sur les mugissements conclue ce morceau très cryptique.
Rosary est fait d’une musique peu conventionnelle. Il termine Tilt sur un morceau de guitares sèches très statique et très calme. Scott récite « Hoowhoahoohow » de temps en temps. Ce morceau s’interrompt d’ailleurs brusquement sans préavis, après les derniers mots. Au milieu, on entend une valse très courte. Rien d’intéressant à dire de plus.

En conclusion, Tilt est sûrement un album merveilleux, foisonnant de sons, auquel on doit impérativement consacrer un certain temps à l’analyser, l’écouter, etc. Walker a supprimé, depuis cet album, la notion de règle. Il n’y en a désormais plus chez lui; son âme d’artiste tentera désormais le tout pour le tout pour exprimer ce qu’elle souhaite faire entendre, capable du chaos absolu. Cet album est un phénomène artistique sondant en effet un fossé, pas si vide que cela… Scott nous conte ce qu’il y voit par ses instruments et ses atmosphères oppressantes. La pochette annonce d’ailleurs le caractère insaisissable de la musique de l’album. On dirait une sorte de monde parallèle, certes, mais pas si éloigné de la réalité. Nous pouvons d’ailleurs constater une alternance, durant tous les morceaux entre deux sections musicales, qui s’élaborent à chaque itération. Comme on le dit sur le lien de Guts Of Darkness (plus haut), c’est une sorte de « classique couplet/refrain ». Écoute qui le pourra… Certains jugeront cet album épouvantable, mais n’en démente la suite The Drift (2006)

Tilt est disponible en écoute gratuite sur Deezer et est actuellement en vente.

Note personnelle : ★★★★★ (Hors du commun !!! Un diamant)

Présentation

Bon, voilà, présentation simple mais efficace:

Ce blog traite en priorité de la musique avant-gardiste, sans pour autant défavoriser la musique académique sérieuse, c’est-à-dire que je ne parlerai pas de la soupe commerciale (je sais, j’en fais une obsession), du moins, je n’en parlerai pas en tant qu’exemple. Cette « musique » n’est que l’oeuvre de personnes obsédées par l’argent ou par l’idée d’être célèbre, bâclant ou se faisant mâcher le travail par des experts, en conclusion ruinant l’art, le vrai, le beau.

La musique avant-gardiste (sous-classe de l’avant-garde) est un mouvement totalement contraire à l’académique, utilisant des méthodes non-standard, en bref. Comme sous-classe, nous pouvons citer:

  • Le psychédélique
  • L’expérimental
  • Le math rock
  • Le space rock
  • L’art rock

etc.

Des exemples d’artistes, des échantillons de musique, des couverture, etc., seront à venir.

Adresse e-mail: avgardisme[AT]gmail[POINT]com