Ce coup-ci, mes amis, je ne sais pas trop comment m’introduire. Déjà parce que j’ai écrit aucun article depuis Septembre 2016, malgré le nombre important de découvertes que je fais depuis tantôt, et surtout, SURTOUT, parce que le thème choisi est très particulier… Enfin je me lance. Peut-être que ça marchera? Pour suivre un exemple récent, et pas des moindres, Macron, notre actuel président, est bien passé aux élections de Mai 2017, alors pourquoi pas une information aussi anodine que la mienne, qui ne doit pas passer par une imposante bureaucratie étrangement mêlée à des notions de gestion courante douteuse, ne passerait-elle pas? Aha…? Surtout parce que théoriquement (et si c’est le cas, je vous en remercie), vous suivez assidument la moindre parcelle de texte que je pourrais à l’évidence rédiger dans mon style à la fois ampoulé et familier. Alors mes amis, qu’attendons-nous pour nous lancer ?

Je dois aussi vous avertir que cet article aborde et décortique un sujet qui pourrait susciter l’effroi chez les plus concernés d’entre nous. J’essaie de rallonger le paragraphe au maximum histoire que vous tombiez pas en plein sur les images qui vont suivre. Je suis astucieux, n’est-ce pas?!

Oui, sauf que tu nous a balancé une image déjà très descriptive dans l’en-tête, connard. Et en plus, je parie que l’image doit être saturée de DRM, vu qu’elle provient de Pixar!
Un passant, 2018

Hé bien justement, rien ne vaut une introduction succincte afin d’embrayer sur le sujet. Une question s’impose, suite à cela. Qu’est-ce que l’automatonophobie? L’automatonophobie (qui est un mot à rallonge, déjà), dans le monde anglo-saxon (j’ai adapté le terme comme j’ai pu dans notre langue), représente chez les personnes atteintes, une irrépressible frayeur devant les objets inanimés de forme humaine. Comme les pantins, les mannequins, les poupées. Simulant la présence d’un congénère, qui toutefois n’existe pas dans la réalité quotidienne à proprement parler, ils peuvent parfois créer de l’angoisse chez les plus sensibles d’entre nous, en raison de leur teneur en symboles oniriques. C’est non sans évoquer la théorie de Sigmund Freud, le fameux psychologue, qui a décrit dans son ouvrage ce type de peur sous le nom d’Unheimlich. Marie Bonaparte, pionnière dans le monde de la psychologie sous le drapeau tricolore de notre langue, l’a d’ailleurs traduit par « Inquiétante étrangeté » dans l’un de ses ouvrages. Plus tard, dans les années 80, sous la tutelle du cinéma et de la technologie, on parle de l’Uncanny Valley, cette fois-ci traduit par Vallée dérangeante. N’avez-vous pas déjà vu des robots s’animer, et qui, par leurs mouvements maladroits et suspects vous ont évoqué une inquiétude malsaine plutôt qu’un quelconque divertissement? Si oui, dans ce cas vous avez déjà ressenti la peur de la vallée dérangeante. Alors, pourquoi parle-t-on de vallée? Ce schéma nous expliquera mieux que n’importe qui :

 

 

Grosso modo, un personnage fictif, à cause de sa ressemblance à l’homme, peut susciter la peur. Un smiley jaune, ou un bras industriel, en revanche, ne suscitent pas la peur dû à leur apparence abstraite, et donc, peu commune avec l’univers de l’homme. La peur réside donc dans la correspondance entre le monde de l’homme, et le monde de l’imaginaire. C’est pour cela qu’on parle de vallée, car la courbe qui représente la familiarité descend, avant de remonter. Car en effet, au bout d’un moment, elle remonte, car la ressemblance à l’humain est telle qu’elle ne suscite plus la peur.

Personnellement, je suis un vrai automatonophobique. Je ne sais pas si c’est dû à mon imagination foisonnante ou à quelque mécanisme méconnu de mon cerveau sur-vitaminé, mais je trouve repoussant voire angoissant les mannequins, les pantins, les animatroniques, et certains jouets. Cela va du dégoût jusqu’à la fascination morbide. Dès mon plus jeune âge, j’ai souvent été effrayé par ces formes vaguement humaines qui s’immisçaient dans mon quotidien, comme pour me jouer un tour, du haut de leur sourire ambigu. Hélas, la vieille France en avait pas mal en réserve. Étant né dans les années 90, j’ai eu le temps d’assister à leur présence, que ce soient des clowns, des mannequins ou des poupées présent(e)s dans les domiciles des gens. J’ai vu de près ces apparitions en classe, dans les vitrines, etc. Mais ce n’était pas insoutenable. Mon pire cauchemar, c’était d’être en compagnie de personnes qui possèdent des collections de poupées. Ces sortes de bambins au sourire malsain assis dans un coin de la pièce. C’était une caverne de l’effroi pour moi, et à chaque détail supplémentaire accumulait de la peur en moi. Certains disent que ce n’est pas une peur très répandue, et pourtant, je connais beaucoup de gens qui souffrent du même problème. Même chez le quidam, peu concerné par les névroses complexes dont sont capables les cerveaux complexes de mon genre, on me parle souvent de ce type de peur, sans que ça devienne une obsession ou quoi que ce soit. Je comptais faire aussi un chapitre sur le fait qu’en dehors des poupées de collection, les poupées de jeu – qui sont souvent réservées aux Tea parties improvisées des jeunes demoiselles – traînent souvent dans la pièce, sont tripotées par des petites mains pas toujours très propres (les marmots se curent souvent le nez…) et sont donc sujettes à une hygiène douteuse en dépit de leur apparence soignée; mais ce n’est qu’un détail. Je n’ai rien contre les bambins, mais certains me donnent la nausée quand ils font certaines choses en rapport avec leurs sécrétions nasales (et/ou autres 😀 ).

Le marché du jouet est important dans chaque pays. J’aurais dû l’évoquer plus tôt, et d’une manière un peu plus générale, mais au final, le jouet a toujours eu une importance capitale dans toutes les époques. Que ce soit durant l’Antiquité où on jouait aux dés, aux jeux de société, et même déjà à ce qu’on pourrait appeler un ersatz de poupée (un morceau de bois taillé en forme de silhouette humaine et quelques brindilles de foin pour évoquer les cheveux font l’affaire), afin que la jeune fille exprime en cet objet anodin toute sa fibre maternelle. De nos jours, c’est le même principe: mais le réalisme entre en ligne de mire, tout cela grâce aux progrès techniques. Combien de fois j’ai vu des poupées génériques évoquant la forme du nourrisson, dans les vitrines, les supermarchés (dans la famille, nous étions tous très férus des grandes surfaces comme Carrefour, Toys’R’Us ou encore Monoprix jusqu’à une certaine période, maintenant nous n’allons plus qu’à Monoprix en raison de la proximité).

 

 

Évidemment, ces nourrissons étaient pour moi avant tout l’expression de l’effroi, avec leur texture en plastique mou, et cette expression figée sur le faciès, comme s’ils avaient connu le calvaire de l’industrie avant d’avoir connu le visage de leur nouvelle maman. Quoi qu’il en soit, je n’ai plus peur de ces jouets ridicules, en raison d’un vidéaste Américain qui les utilisait dans des tutoriels bidons pour les prendre en dérision: j’ai nommé… HowToBasic. Merci à toi, vieux.

 

Dès lors, je me permets d’ouvrir un axe de pensée. La poupée de demain sera-t-elle aussi réaliste que l’homme d’aujourd’hui? Ou que la femme? ndlr: Désolé si j’ai pas mis l’écriture inclusive, je n’ai pas de point médian sur mon clavier. Et si je mets un point standard (.), Opera Browser souligne tout en rouge, considérant cette orthographe comme hérétique (Encore des phallocrates morbides derrière l’invention du dictionnaire).

Grossièrement, et pour reprendre l’image de la vallée dérangeante, nous sommes à une époque où la poupée possède une ressemblance frappante à l’être humain… Mais incomplète. En effet le schéma de la vallée dérangeante peut être parfaitement calqué sur l’évolution technique dans l’absolu: Durant l’Antiquité, faite de bois, la poupée n’avait que peu de ressemblance à l’humain en général. Après la maîtrise de la porcelaine et autres matériaux sculptables légers, la fin du second millénaire (1600-1900) a vu apparaître des formes de plus en plus convaincantes. Suite à la maîtrise du plastique (1900-2000), de nouveaux modèles sont apparus. C’est non sans évoquer, durant le XXème siècle, l’industrie du cinéma, qui frappe elle aussi par son réalisme de plus en plus proche du quotidien. Une forme de convergence technique. De sorte que des réactionnaires n’ont pas manqué de protester contre cette contrefaçon de la réalité. Combien de fois a-t-on entendu, « Quelle violence ! » devant des effets spéciaux à couper le souffle, devant la maîtrise des effets 3D, des particules, etc. Pourtant, personne n’a protesté contre l’apparition de poupées réalistes faites à partir de porcelaine, alors que c’est tout autant une appropriation du champ lexical de la nature. Non? C’est tromper le regard des gens avec des artifices.
Mais personne n’a protesté contre cette évolution technique, tout simplement parce que personne n’a vécu aussi longtemps (1600-1900). Autrement dit, vu que ça a mis des siècles à venir, le temps a dilué l’élaboration de cette évolution technique, et toute interprétation personnelle qui allait avec. Actuellement, je fais une interprétation historique grâce à des documents avérés, vu que nous en avons pleins; alors cela n’a rien de personnel (je n’étais pas né en 1600, vous devinez).

 

Du coup, à partir de ce que j’ai dit ci-dessus, que se passe-t-il si nous nous trouvons historiquement au milieu de la vallée dérangeante et qu’un éminent industriel Américain décide de créer une poupée semi-réaliste, aux détails saisissants, à l’expression profonde, et qui aurait pour designer, un artiste incompris?

 

 

Cela donne quelque chose de très singulier. Avant de donner des noms (même s’il est dans le titre), rappelons-nous pendant un instant des années 60. Cela peut plaire à certains que je parle de leurs Années d’or. Polnareff, Pompidou, le rock, le Cacolac, … Tant de souvenirs! Mais en ce qui me concerne, je trouve cette période assez laxiste. Enfin bref. Je connais beaucoup de monde qui y est né, et qui m’ont rapporté pas mal de détails au sujet de cette période. Je vais rassembler ici mes connaissances sur les poupées d’époque. Apparemment, les années 60 étaient marquées par la mode des yeux marrons, très ronds, sans blanc d’œil, et avec un iris réaliste (un peu comme le kawaï de nos jours, c’est un précurseur). J’espère que vous visualisez déjà la forme, parce que c’est celle de la poupée en question. L’éminent industriel avait aussi la motivation de casser l’image de la poupée opulente, comme par exemple, Barbie. Cette poupée, largement connue, est censée refléter (selon son créateur) la femme moderne, aisée, socialement épanouie, limitée intellectuellement en raison de sa propension à consumer son temps de cerveau disponible en shopping futile et onéreux, et surtout, souriante. ndlr: Je trouve cette représentation bornée et insultante.
Du coup, Hasbro, notre éminent industriel, que j’ai enfin eu l’audace de nommer, a voulu protester contre cette mise en abime de la théorie capitaliste en créant une poupée spécialement taillée pour correspondre à l’inverse de Barbie: une fillette d’à peine 10 ans, qui est pauvre, seule, fragile, sans ami(e)s, sans toit, sans parents, habillée littéralement comme un sac (en toile de jute), et qui doit avoir atteint un stade d’émotion permanente en raison de sa misère, qui se voit sur son petit visage nostalgique. De plus, non seulement elle n’est pas souriante, mais en plus elle possède une larme sous l’œil gauche, qu’il fallait enlever dès son achat. Le coup de grâce? C’est qu’elle n’avait aucun nom… Excepté un pseudonyme, qu’il fallait supplanter par un nom de son choix. Lequel est-ce? Je vais vous le dire: Little Miss No Name. Ou « petite demoiselle sans nom » pour les non-anglophones (qui se font rares de nos jours). Franchement, quand vous êtes dans un magasin, que vous voyez une fillette pleurer dans sa boîte (qui est en plus décorée avec une tempête de neige, dans laquelle marche la pauvre poupée), quel serait votre réflexe?

 

 

Non, pas celui de l’acheter. J’ai déjà accidentellement croisé cette poupée à plusieurs reprises dans ma vie, et à chaque fois, elle ne m’a pas laissé neutre. Les souvenirs sont très flous. Je crois que la première fois remonte à 2004. Dans une grande surface à Maisons-Laffite. Je ne suis pas sûr que c’était la même, mais je me souviens avoir authentiquement flippé devant, alors que nous étions aux caisses du magasin. En effet, il y avait une sorte d’outlet à proximité de la sortie. Au cas où vous voudriez prendre vos jambes à votre cou en voyant sa tête. Je me souviens aussi m’être dit, que : « Heureusement que personne dans ma famille ne voudrait de cette poupée, et que nous allons bientôt rentrer chez nous » (— Avgardiste, 2004). J’étais vraiment dans un état de panique totale. Elle se situait à 6 mètres, mais le simple contact visuel m’a mis la puce à l’oreille. Étant de nature curieuse, j’observe souvent ce genre de détails, et parfois je tombe sur ce genre de choses.

Little Miss No Name vous regarde de ses grands yeux écarlates.

Ces yeux angoissants, ronds comme des phares, qui monopolisent ce visage ovale au front désertique, à tel point qu’on devrait plutôt dire qu’on les remarque comme « Les yeux au milieu du visage ». Ils me dévisagent, et entrent dans mon âme comme une aura maléfique. Un nez minuscule, un front de dauphin, et une minuscule bouche exprimant la tristesse, c’est un résumé assez court de ce que je ressens quand je vois cette poupée.

Je l’ai aussi croisée parfois en brocante. Je faisais beaucoup les brocantes en Normandie, dans le Calvados. Et il y avait beaucoup de vieux jouets, y compris des poupées. Si je me souviens bien, je l’ai déjà croisée aussi, sans habit et sans boîte. Et même plus tard sur un blog en 2012 (avec un Japonais qui s’amusait à les customizer). Là, je redécouvre cette poupée début 2018 dans un classement des 20 jouets les plus effrayants jamais inventés, et c’est ce qui m’a motivé à écrire cet article…

 

Dedans, un podcasteur nous présente une liste de jouets jugés les plus terrifiants. Bien évidemment, la liste n’est pas exhaustive, mais elle rassemble déjà pas mal d’items. Les jouets les plus incongrus et décalés défilent, jusqu’à ce qu’à la première place, on voit cette fillette aux yeux marrons apparaître.

Vous me voyez venir. Je vais dire « Oh, il a tellement raison, c’est trop flippant »… Alors je ne sais pas si c’est un effet de psychologie inversée, ou si ce sont mes instincts paternels, qui surviennent à l’âge de 20 ans, et qui me forcent à protéger ce petit échantillon d’enfant. Mais je trouve ça authentiquement méchant. Oui, messieurs. Après avoir déploré son étrangeté, je viens de dire que je suis vraiment indigné devant une telle gratuité pour une course à l’audience… Déjà, je désapprouve largement le format podcast et les Tops 10, car ça ne repose sur aucun fondement hormis une feuille de route très simple: se montrer devant la caméra, dire coucou, balancer quelques informations trouvées sur Google (ou dans ce qui reste de notre vie privée), et dire « Tchaô, abonnez-vous, partagez massivement, et engraissez-moi ». À force de consumer l’information, elle ne viendra plus, et le monde ne sera qu’un recyclage permanent des idées déjà créées (ndlr: Wait, c’est pas déjà le cas dans la réalité?). Limite, partager demande plus d’effort psychologique que de créer ce genre de contenu, étant donné la flemme magistrale investie dedans. Et le peu de moyens, tout cela pour gagner une pauvre rémunération. Je veux dire, quand tu fais un milliard de vues, tu peux te la péter, mais là c’est généralement 10 000 vues à tout casser. Autrement dit, 10€ de revenus (Il faut diviser le nombre de vues par 1000 pour connaître la rémunération nette) pour avoir violé plusieurs journées acharnées de rédaction à un pauvre rond-de-cuir employé chez Médiapart. À côté de ça, Google se fait des couilles en or, vu qu’il touche du fric à chaque vue, et non en fonction de seuils de clics. Tel est pris qui croyait prendre, jeune vidéaste. Mais ce n’est pas le sujet.

Voilà. Je reviens à ce sujet, et je trouve scandaleux de classer #1 une poupée qui finalement n’a pas sa place dans ce schéma. Ni même, dans le schéma de la vallée dérangeante. On peut l’avouer, ses yeux sont authentiquement mystiques, mais quand on y regarde de plus près, c’est finalement une fenêtre sur nos émotions profondes. C’est la fille vendeuse d’allumettes, la pauvre fille qui en vendait aux passants, mais dont personne ne voulait. Le reste de l’histoire est assez triste. Je veux pas spoiler, mais en gros, c’est des allumettes magiques, et quand tu les grattes, il y a des visions de ce que tu désires qui apparaissent. Et la fille pense à beaucoup de choses, du feu, de quoi manger, etc., avant de finalement penser à sa défunte grand-mère, qu’elle rejoint dans le ciel pendant qu’elle s’assoupit dans le froid, sans doute dans un dernier sommeil. C’est très triste, et même l’avant-gardiste ne peut pas se retenir de sentir une larme à son tour à chaque fois qu’il entend cette histoire.
Donc voilà, pour moi, insulter cette poupée, c’est un peu comme tirer sur l’ambulance. Soudain, c’est comme si la résistance que j’avais développée vis-à-vis de la poupée s’était transformée en une pitié, compatible avec le message initial du créateur… Que je n’ai jamais tellement évoqué, d’ailleurs. Quel paltoquet je fais. […] Je vais vous en parler sur le champ. Son nom m’échappe, car il est très mystérieux lui aussi. C’est une sorte de mélange entre de l’Américain abrégé et du Français bourgeois… Oui du Français, une sorte de titre de noblesse qui plus est. J’ai nommé: Deet d’Andrade. Personne ne sait fichtrement rien à son sujet. La seule certitude qu’on ait sur elle (ou sur lui?!), c’est que c’est un.e designer.euse qui s’est occupé.e de créer des poupées pour plusieurs commerçants. Autre détail cocasse, des collectionneuses amatrices ont demandé à la firme Hasbro (qui aujourd’hui vend surtout des poneys (que je collectionne également)) ce qu’ils savaient de cette poupée sans nom. Hé bien, soyez surpris ou non, ils n’en ont aucune… C’est comme si toute l’origine de cette poupée s’était volatilisée avec son identité initiale. Ce qui fait qu’il y a de nombreuses spéculations à son sujet. Est-ce une poupée hantée? Magique? Tantôt adorée, tantôt fuie comme la peste. On croirait lire « Totem et tabou » (Encore de Freud) quand on lit la prose de ces gens.

Personnellement, je trouve que c’est typiquement le genre de poupées qu’on pourrait croiser sur une étagère dans un bazar. Elle a une petite tête d’ancien jouet rétro issu d’une vieille époque qu’on s’empresserait de collectionner, pour peu que l’on soit connaisseur. Alors en effet, elle est hantée, voire animée, mais je trouve que cela lui va très bien. J’ai vu combien de gens essayer de changer son apparence. Cheveux blonds platines, cheveux marrons, cheveux noirs, (… Bon, les cheveux longs noirs mats, ça lui donne un air vraiment mystique…), accessoires, changement des yeux, etc. Par le grand manitou. Rien n’égale le vrai modèle, et je dois dire, les tentatives de changer les yeux sont vaines. Cela change complètement l’esprit initial de la poupée.

Mais bon, à titre expérimental, et histoire d’étoffer mon discours sur Little Miss No Name, j’ai montré une photo de cette poupée à plusieurs personnes de mon entourage. Tout en évoquant sa date de fabrication (1965) pour justifier ses grosses prunelles marrons. À chaque fois, ils m’ont dit qu’elle avait un air de vampire, avec ses yeux rutilants, voire un air terrifiant (Excepté mon père qui passait par là, et qui a demandé si c’était un petit robot, sans plus). C’est quand même un opinion qui pèse son poids, car toutes ces personnes (sauf mon père qui est aussi automatonophobique, comme mes frères et moi-même) ont eu des poupées durant leur jeunesse, et n’avaient rien à déplorer d’elles. Qu’est-ce que je peux en penser?… J’ai toujours été frappé d’automatonophobie, et voilà que, dans un revirement spectaculaire, j’ai envie de me procurer cette poupée. C’est comme un triple-plongeon dans l’inconnu. Vais-je apprécier mon acquisition, ou rester pantois devant le regard rougeoyant de ma nouvelle progéniture? Tout ce que je sais, c’est qu’elle coûte relativement cher sur eBay. C’est une poupée de collection, mais pas forcément de prestige, avouons-le. Le prestige est une excuse pour enflammer les prix, mais là c’est peu justifié. Elles coûtent généralement autour de 180€. Parfois, il y a des poupées un peu cassées qui circulent, mais leur prix reste exorbitant (~60€), et il leur manque une jambe. Si bien qu’à force de chercher, j’ai découvert un site méconnu du grand public (lequel se fait sucrer son fric sur les sites généraux), et je dois avouer que les prix pratiqués sont honnêtes, comparé à eBay, où tout est devenu cher.

 

 

Franchement, je pourrais m’étaler sur du hors-sujet encore une fois; mais j’aime beaucoup eBay. Certains disent qu’il n’est plus prisé, et qu’Amazon, où je fais aussi mes courses (ainsi que Monop… Déjà dit), l’a supplanté. Ce n’est pas la sensation que j’ai en le visitant, mais depuis 2010, je trouve que les prix sont franchement à la hausse. Ils sont parfois 10x trop chers, alors que c’est de l’occasion (qui devrait être égale à 50% du prix initial environ). Additionnez l’amortissement sous forme d’annuités, et vous constaterez combien les vendeurs sur eBay se font une plus-value astronomique. Mais cela ne concerne pas qu’eBay, cela concerne tout le marché de l’occasion, voire du neuf. Car en effet, comme si le simple fait d’acheter trop cher ne suffisait pas, on se retrouve soi-même à pratiquer ces tarifs honteux, si on achète auprès de ces escrocs. Imaginez le cas de figure suivant: j’achète un magnétoscope Funai d’occasion pour 80€ sur un site quelconque. Je suis content, mais j’en ai trouvé un moins cher, en meilleur état, et plus moderne pour 20€ chez EasyCash. En conséquence, je n’ai plus envie du Funai. Quel sera mon réflexe? Revendre le magnétoscope. Mais pour obtenir un revenu sur investissement, et éviter toute perte de fric, je vais donc devoir le revendre… 90€! Sans compter les frais de port! Autrement dit, acheter c’est être complice de cette bulle spéculative qui va bientôt éclater et emporter toutes les structures du marché de l’occasion avec elle. Dans un contexte plus général, le simple fait d’acheter sera un luxe. Parce qu’à force de faire grimper les prix, les plus démunis ne pourront plus rien s’acheter. Et alors, des petites filles en train de se peler dans la rue, habillées en sac de jute, vous en verrez, à ce moment-là, fripons. Vous pourrez même les acheter à leur tour, BANDE DE CAPIT… Oups. Mon ex-esprit trotskyste a encore frappé. Encore un ancien fantôme. Mais comme dirait Erik Satie, que reste-t-il d’une nation si l’on lui enlève ses fantômes. C’est comme retirer les reliques de Windows 95 dans Windows 10, Microsoft a retiré toutes les anciennes icônes. C’est une blague. Traditions perdues. Etc.

Je suis monté un peu haut non? Tout ça pour une poupée vous dites? Oui c’est vrai, mais vous devriez être habitué à me voir raisonner à partir de sujets simplissimes, à force de me lire. Si vous êtes là par hasard, en revanche, je suis sûr que votre cerveau est déjà en ébullition, et si vous êtes automatonophobique, j’espère quand même avoir ouvert votre parachute de l’ouverture d’esprit entre temps, sans quoi vous êtes sans doute en train de faire un AVC. Néanmoins, je suis content d’avoir abordé toute cette palette de sujets en un texte record, sous la providence de WordPress, qui héberge quand même mes tord-boyaux-goûtus littéraires depuis 2010.
J’ai un peu égaré le fil du sujet, mais de toute évidence, j’ai déjà abordé pas mal de choses. C’est peut-être une esquive de ma part pour éviter d’évoquer plus loin mon ressenti que je canalise moi-même que très peu. En ce qui me concerne, j’ai très envie d’en posséder une. Ce que je crains, c’est qu’immédiatement après la commande, que nous devenions tous deux des incompris, déjà moi, pour l’avoir adoptée, et elle, pour correspondre à des standards désuets d’une société axée sur le plaisir immédiat, comme une tête chercheuse guidée par l’intérêt de ce qui est supposé être personnel, et qui n’a plus aucune référence visuelle, qui est pourtant un sens important de nos jours.

Toujours est-il que c’est une découverte fascinante. C’est comme si Deet d’Andrade s’était approprié(e) un langage visuel qui traverse toutes les frontières mentales. J’ignore comment ponctuer cet article déjà très fourni en informations, mais toujours est-il que je pense me lancer dans l’adoption / confection de poupées, et n’hésiterai pas à vous en faire part. Étant industrieux de nature, je n’hésiterai pas à confectionner des moules, couler des yeux en résine synthétique, expérimenter des formes et des chevelures. Et pourquoi pas me créer un armada de poupées sculptées à ma manière. Ce serait une expérience intéressante voire enrichissante, étant donné que au XXIème siècle, n’importe quel gus peut s’improviser coiffeur, électricien, kébabiste, président de la République, … Et tous ces jolis métiers. Y’a pas de sot métier, je m’y mets dès que possible.

… Quand j’aurai de l’argent.

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