Titre: Climate of Hunter
Date de sortie: 1984, réédité en 2006 (Virgin) – Peter Walsh
Type: Bootleg, mais trouvable en vinyles/CDs, originaux ou réédités.
Genre: Art rock, classique moderne, psychédélique, (rock) expérimental
Membres: Scott Walker (compositeur), Mo Foster, Brian Gascoigne, Peter Van Hooke, Mark Isham, Gary Kettel, Billy Ocean, Phil Palmer, Even Parker, Ray Russell, Mark Knopfler (musiciens/arrangeurs), Bob Carlos Clarke (couverture pochette)
Pistes: 8
Tracklist:
Face A (LP)
1. Rawhide (03:55)
2. Dealer (05:12)
3. Track Three (03:50)
4. Sleepwalkers Woman (04:11)
Face B (LP)
5. Track Five (03:35)
6. Track Six (03:12)
7. Track Seven (03:46)
8. Blanket Roll Blues (03:16)

Scott Walker est sûrement l’artiste qui eut incontestablement influencé longtemps Bowie sur ses réalisations telles que Outside, contrairement à ce que l’on pourrait prétendre (La rumeur dit que c’est Trent Reznor, pour Outside, alors que c’est plutôt un descendant de Bowie). Climate of Hunter est en conséquence une réalisation fort intéressante à écouter, malgré les chiffres de vente catastrophiques d’époque (Walker ayant directement monté des reprises de Jacques Brel vers l’anglais et d’oeuvres un peu french-like, à l’avant-garde, et l’expérimental). Climate of Hunter est un vinyle d’avant-garde qui saura palpiter l’âme des artistes les plus expérimentaux d’entre nous. Il a en effet tenté de rallier avec difficulté, mais avec aboutissement relativement convaincant, la musique classique et le rock 80’s. Évidemment, à l’époque, il ne fut pas apprécié par les fans, tant par son étrangeté, que pour les paroles symbolistes, voire limites nihilistes (Scott Walker ayant donc perdu beaucoup de fans à cause de cet album). Cependant, de nos jours, cet album n’est pas encore mort: il est toujours retenu par certains. Il a même été réédité en CD! Il a tenu le coup grâce à la technique avant-gardiste de Scott, très rechercheur, toujours en avance sur son temps (même un peu trop) avec son talent chromé, malgré le rock très marqué années 80. Il reste quand même un chef d’oeuvre admiré par bien des gens. Je vous conseille donc de l’écouter. L’album contient du classique mélangé à du rock 80’s, de l’Art rock semblable à celui de Bowie, du classique tout simple, et une sorte de psychédélique (atmosphériquement parlant, voire instrumentalement parlant). Je m’explique :

La première piste, nommée Rawhide (dissimulation de sauvagerie), nous introduit de manière tranquille par des résonnances incertaines sur un quelconque objet (Musique concrète), émettant des résonnances, puis « partant » vers la gauche. D’un coup, apparaissent des percussions rock avec une guitare rock, ainsi que des instruments classiques (violons, violoncelles, harpe), ayant l’air d’être fort discernés, le côté rock en avant-plan, et le côté classique étant en arrière-plan, les deux styles semblant avoir du recul l’un envers l’autre, la guitare essayant d’ailleurs de suivre les standards du classique, sans trop écraser les instruments en arrière-plan suivant cette règle, ni sans trop perdre appui sur le rock, qui est, rappelons-le, le propre de la guitare électrique. Il y a eu un subtil, mais convaincant compromis entre ces deux styles, même si cela ne tient qu’à un fil. Le rock se présente donc de manière simpliste mais efficace, très contraint à le faire (expliqué ci-dessus), le classique se présente quant à lui plutôt de manière atmosphérique, puis par la suite supplémentaire.

La piste deux, nommée Dealer (échangeur), nous introduit directement dans une atmosphère constituée d’un violon statique sans fin, des percussions années 80 permutant de gauche à droite de temps en temps interrompus par des vrombissements discrets, quelques instruments psychédéliques (Hindous), etc. Un écho variable dans la voix de Walker, dissimulant de manière subliminale des trompettes qui arriveront nettement plus tard. Cette technique m’étonne franchement, d’autant plus qu’elle apparaît souvent, aussi chez Bowie; des sonorités qui s’annoncent progressivement. Ils ont leurs raisons. Ne cherchons pas plus loin 🙂

La piste trois, non-titrée, et donc appelée Track Three et est, quant à elle, une piste mémorable (ou pas x)). Elle fut très réprimandée, tant pour son penchant nihiliste que pour l’étrangéité avant-gardiste d’où découlaient des sonorités non-académiques (Raison primaire). Un clavier sans fin, donnant une sorte d’atmosphère spacieuse, ressemblant à un instrument à vent, débute de manière statique les 10 premières secondes de la piste, lui donnant un air purement psychédélique. Des percussions arrivent, avant que le clavier se modifie. Des guitares électriques avec un son voluptueux se lancent alors. Scott se met alors à chanter, suivi d’un choeur de femmes (Noires, je pense) chantant simultanément. Quelques guitares années 80, des trompettes vers la fin, des etc., et voilà notre piste en résumé. Le clip, quant à lui est visible sur Youtube, et donc théoriquement télédiffusé (ce qui justifie cette convulsion publique). En gros, c’est le destin qu’on voit de manière figurée, d’après moi. En effet, en résumé, il arrive sous forme humaine en voiture, arrive devant quelqu’un qui quitte sa voiture après avoir regardé de loin une femme couchée ayant l’air blasée et après avoir tartiné son visage de boue dans un trou. Le paysage est tout noir. Puis il lance des dés, ce Mr. Destin, avant que le quelqu’un parte en courant après avoir essayé de les récupérer (il a remué le sol farineux à la recherche). Après avoir vu ce bon vieux Scott jouer à la guitare et chanter, il est ensuite poursuivi par le destin en voiture (Épique! Excitant! À voir.). Enfin, l’homme courant dans la pénombre légèrement éclairée par des rayons termine sa course sur une butte, après avoir traversé un lac, le destin ayant lâché une pierre dans l’eau (d’ailleurs, son bras ressemble à celui d’un mannequin avec des sortes de montagnes alternées par des pointillés. Le Destin étant en smoking). Le quelqu’un tombe alors, mort. Sans oublier que le sol est parsemé d’une sorte de farine, comme dit plus haut. Ceci fit un scandale. Scott ayant d’ailleurs du, pour des interviewers, se justifier pour cette vidéo, durant un interview. Le clip n’ayant d’ailleurs rien à voir avec les paroles de la chanson, au passage.

La piste quatre, alias Sleepwalkers Woman (Femmes somnambules), est une pièce de musique purement classique avec des violons, des gongs, des contrebasses, un instruments à vent et une harpe, très calme et désuette, plutôt évolutive en crescendo. C’est très beau à écouter, je dirais même, merveilleux. Rien de très exceptionnel à signaler, question instruments, hormis un souffle audible au travers de l’instrument à vent, apparemment volontairement mis, pour probablement des questions d’avant-garde. Sauf que, si vous étudiez bien, la structure sonore ressemble à du rock, mais le rythme est très langoureux (la harpe qui rythme, les méthodes de jeu des instruments pouvant parfaitement être portés sur une guitare électrique). Ceci est cependant subjectif. 🙂

La piste 5, Track Five, est fort marquée du psychédélisme: On commence par des guitares dont le son frappe sur un bruit comparable à celui d’une corde frappée, puis qui résonne (un peu comme du cristal frappé). Puis des gargouillis d’une autre guitare (« rouuuh ») qui varient, un peu comme des notes. Quelques sons plus ou moins psychédéliques (des stridences. Scott et compagnie sont Ô combien inspirés par Luigi Russolo… Le maître-bruiteur… Je vais commencer à y croire, à force !). Et crac, changement: des battements progressifs assez rapides, puis un choeur de voix de femme (« aaaah… »). En-dessous d’un rock années 80. Scott chante par-dessus avec un écho dans la voix. Puis l’écho disparaît au bout d’un moment, la voix venant dans un plan plus en avant, d’ailleurs lorsque les instruments classiques apparaissent. Très mystérieux et agréable.

La piste 6 (Track Six) demeure un véritable fardeau sonore. Une atmosphère encore psychédélique, avec une batterie et des guitares électriques, le tout fort sombre, ouvrent la pièce. Le ton est ironique, blasé, hargneux, voire haineux. Scott avait l’air d’avoir un reproche à exposer. Ce rock est lent, oppressant. Puis au bout d’un moment, des sortes de cris de chevaux, des vibrations palpitantes, comme une barre métallique qui résonne comme un insecte, et qui fuse comme une brume, sur un orchestre inaudible de violons. Les guitares électriques continuent, tandis que Walker récite en lançant des mots hârdiment à chaque vibration (« And the ceilings are rising, and the ceiling are falling, … »). C’est épique. Puis, un fade-out. Rideaux.

La piste 7 est purement psychédélique. Toujours sans nom (Track Seven), et très sombre. Mais magnifique: l’atmosphère est au début oppressante, complexe, mais joliment langoureuse. On croirait une ville sous l’eau. Un rock arrive, avec un jeu de guitares électriques fort insolite. Quelques percussions, des instruments classiques amplifiés sur l’atmosphère profonde et voluptueuse, et voilà le résumé de la track, simple, mais efficace.

En tant que dernière piste (n°8), Walker nous a concocté une reprise de Blanket Roll Blues par Tennessee Williams et Kenyon Hopkins. C’est une piste qui, je dirais, conclue calmement cet album. Elle rassemble simplement quelques guitares (3, j’hypothèse) sur des paroles très surréalistes. Rien d’expérimental, hormis quelques jeux de corde (un TING très bref par exemple). Voilà, Climate of Hunter nous salue avant de s’en aller sur la pointe des cordes.

Cet album est un résultat d’une maîtrise parfaite du son. Mais comparé à Tilt (1995) ou à The Drift (2006), Climate Of Hunter garde des proportions plus standards. C’est à la fois bien (plus léger et supportable), mais aussi dommage (expérimentations moins palpitantes, en consséquence!). Une belle création novatrice sur de belles paroles. Quoi de mieux, comme festin musical !!!

Climate of Hunter est trouvable un peu partout sur le Web, même sur Deezer, regardez-donc. Aucun lien de téléchargement je donnerai, donc.

Enjoy!

Note personnelle : ★★★★★ (Un chef d’oeuvre, par un chef) [5/5]

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